C’était il y a juste dix ans….
Le récit de la soirée par Claire, toute nouvelle adhérente à L’Epicuvin
qui assiste à une dégustation du club pour la première fois.
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HORIZONTALE ROUGE 1995
« Hier soir, nous avons découvert le club de passionnés de l’Epicuvin. Club d’œnologie existant depuis 1991, animé par un sommelier du Languedoc. Beaucoup de membres y sont depuis des années, et ils organisent à peu près tous les mois des dégustations particulières. La cave de l’association doit être extraordinaire, ils achètent des bouteilles depuis le début.
Hier, ils ont donc sorti de leur cave des bouteilles du millésime 1995. Voici ce que nous avons dégusté : Un Pommard (Bourgogne), un Cahors (Sud-Ouest), un Bandol (Provence), un Gigondas (Rhône méridionale), un Faugères (Languedoc), un Domaine Cazes (Roussillon), un Moulin à Vent (Beaujolais), un Saint-Estèphe (Bordeaux). On a eu un petit topo sur l’année (rappelez-vous il a fait froid cet hiver-là), les domaines (là tout le monde commente sur le scandale de machin, la personnalité de truc, l’histoire de ce château, ils les connaissent tous bien sûr).
La dégustation se fait à l’aveugle (un numéro est attribué à chaque vin), on se tait et dans le silence on écrit ses impressions, on recrache. Puis l’un prend la parole pour commenter, et on discute. Au bout de trois à quatre vins, c’est beaucoup moins discipliné. Nico a commenté l’avant-dernier vin (ils nous ont poussé, moi je n’aurais jamais accepté, mes commentaires donnaient « fruits » quand eux disaient « végétal », « champignons » quand ils disaient « griotte », etc.).
Tout le jeu ensuite est :
– 1 de deviner quel numéro correspond à quel vin. Quand il donne les réponses, on dirait des enfants (« j’en avais trouvé 6 ! », « je sais, celui-ci c’est Cahors, Cahors, Cahors » « Mais non, Bandol »). Avec Nico, on avait reconnu le Pommard (facile, le seul Bourgogne, plus clair que les autres, et de loin le meilleur pour Nico),
– 2, chacun classe les quatre qu’il a préféré, cite son classement, et on fait un score des points pour chaque vin. Et là nouvelle excitation, sur qui a réussi à deviner l’ordre (avec des « oui, mais le 5 et le 7, ils n’étaient pas ex aequo, ils ont oublié un point pour le 7, c’est lui qui devait être premier ! »).
Ensuite petit repas très bon, et avec cinq nouvelles bouteilles de 1995, dont deux moelleux pour le dessert. Et pour finir, le restaurateur a déniché une Clairette 1946 de sa cave pour rigoler (pas très bonne quand même).
Après tout ça, je me sentais la tête qui tournait pas mal, Nico beaucoup moins, il a bien recraché systématiquement. J’ai soufflé mon éthylotest pour voir, j’atteins la limite du trait sans plus.
Au total, une super occasion de boire des trucs impossibles à trouver, avec plein de choses à apprendre. C’est sympa à l’aveugle, on est moins influencé par le prestige des bouteilles (Cos d’Estourmel, le Saint-Estèphe, ils l’ont acheté à 75 euros en 95, j’imagine maintenant ; eh ben on n’a pas du tout été impressionnés avec Nico. Eux, comme la moitié l’avaient reconnu tout de suite, ils étaient assez fans). Certains du groupe étaient bien sympas, nous expliquaient des trucs. Mon idole c’est Igor, on l’avait déjà vu à la maison des vins du Languedoc, c’est un puits de savoir et il est super gentil.
Je me sens toute petite quand même à pas du tout trouver ce qu’ils trouvent dans les vins et à en connaitre si peu.«
Claire Selly
Restaurant le Mazerand à Lattes le 31 octobre 2015
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DÉGUSTATION « HORIZONTALE FRANCE ROUGE 1995«
Commmentaires de la dégustation Au Mazerand, le 30 octobre 2015
Faugères – Domaine Léon Barral * * *
Robe de couleur grenat orangé d’un léger trouble. Le nez est discret mais fin, autour des fruits noirs, des griottes, de la viande rôtie et des aromates de garrigues. La bouche ronde dès l’attaque, reste équilibrée, en demi-corps et d’une séduisante souplesse. Soulignée par de jolis parfums d’épices, la finale est fraîche, les tanins un peu durs, mais la longueur très satisfaisante.
Moulin-à-Vent – Georges Dubœuf * *
Le vin présente une robe brillante et moyennement soutenue grenat, aux reflets orangés. Le nez est fermé, mais laisse apparaître à l’aération des notes végétales fraîches de menthol, de cerises blanches. La bouche donne davantage de plaisir, souple, accueillante équilibrée et fraîche. La finale s’amaigrit et s’avère courte… 20 ans, c’est trop pour lui !
Gigondas – Domaine les Goubert « Florence » * * * *
Une belle couleur foncée grenat aux reflets de tuiles, enrobe un nez de bonne intensité. Des notes de cuir, d’herbes rôties de fruits noirs, de cacao s’ouvrent doucement. La bouche est spectaculaire, douée d’une belle matière ronde, riche, grillée, gourmande, puissante, juteuse et aux tanins serrés parfaitement recommandables. La longueur dépasse les 10 secondes … On aime !
Vin de Pays Côtes Catalanes – Domaine Cazes « Credo » * * *
Véritable révélation à sa sortie, ce vin offre encore de jolis restes gourmands. Le bouquet s’étiole autour de notes de poivrons mûrs, de cassis, de cacao. Ronde à souhait, la bouche offre de belles émotions fruitées et épicées. Si la finale est un peu chaude, la longueur reste correcte. Le fameux cabernet/merlot de Rivesaltes a tout de même perdu de sa superbe !
Pommard 1er cru « Rugiens » – Dominique Laurent * * * * (*)
D’une couleur pourpre superbe, d’intensité moyenne, à peine orangée, le vin offre un bouquet intense et envoûtant et ne laisse aucun doute sur sa région de production. Cerise, camphre, sous-bois truffé, animal toasté…les parfums sont eau rendez-vous, c’est un superbe festival ! Les fruits s’invitent au palais, par un ensemble équilibré, frais, élégant sur des tannins savoureux. Un très joli vin, en pleine forme !
Cahors – Château Triguedina * * *
Nul doute, avec ses parfums de foins coupés, le nez parle : on est à Cahors.
Ce superbe malbec n’a pas que cette caractéristique olfactive avec des notes fraîches mentholées, animales, en sous-bois et même de la confiture de coings. La bouche est ronde, pas de trace de fatigue, notes de viande grillée, terreau, tabac. L’ensemble évolue sur une expression rustique pour s’évanouir sur des tanins légèrement astringents… Dommage !
Bandol – Château Pradeaux * * * * (*)
Avec sa belle robe atramentaire (opaque noire), ce vin offre de superbes et élégantes notes de cuir, de moka, de champignon, de poivre, de terres humides… La bouche est splendide d’énergie, concentrée, riche, aromatique, les tannins sont savoureux et denses, la finale interminable… On a bien fait d’attendre !
Saint-Estèphe 2ème GCC – Château Cos d’Estournel * * * *
La présentation brillante, grenat foncé, profonde et le bouquet intense de mûres, réglisse, tabac et cuir sont d’un classicisme quasi parfait. Comment ne pas aimer cette bouche superbe, ronde, équilibrée, impeccablement organisée, complexe et longue, le fruit perdure… Un classicisme parfait vous dis-je !
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Les vins préférés des dégustateurs :
1er Pommard, 2ème Bandol, 3ème St-Estèphe, 4ème Gigondas
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Les commentaires sont de Daniel Roche
les photos sont de Marc Touchat
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