Après une première nuit, calme et sereine dans une jolie maison d’hôte à Comps et un petit déjeuner où une équipe de confitures maisons et de miel de lavande se disputaient la première place de nos palais ravis, nous avons pris de bonne heure la route vers Beaucaire.
« Bèu caire » serait l’origine du nom de la jolie cité rhodanienne et pourrait se traduire par « Belle pierre, beau rocher » en occitan provençal. Fondée par les romains au VIIe siècle (av.JC), Ugernum était célèbre en tant qu’ important relais marchand sur le croisement du Rhône et de la voie domitienne, véritable autoroute dallée qui reliait Rome jusqu’au pays ibère. Cette configuration permis aux autorités de la ville de créer la fameuse Foire de Beaucaire dont l’apogée au XVIIe siècle la faisait comparer paraît-il, à celles de Francfort et Leipzig .
« Oui Monsieur, il nous vient des marchands de l’autre hémisphère et il nous manque certainement plus que d’y voir quelques habitants de la lune… »
Lettre d’un particulier de Beaucaire à un ami toulousain – 1771 (1)
Aujourd’hui disparue, les beaucairois continuent à la célébrer leur mythique foire, le 21 juillet lors de la fête de la Madeleine.
On connait aussi le patronyme de la ville par « Le souper de Beaucaire » un pamphlet politique écrit par Napoléon Bonaparte en 1793, immortalisé par le tableau de Lecomte-du-Nouy qui le représente et que l’on peut admirer, si mes sources sont exactes, au musée du Château de Malmaison.
Enfin quand on parle de Beaucaire on pense directement au pain de Beaucaire connu depuis le moyen-âge et au délicieux Bœuf à la beaucairoise, une daube de bœuf mijotée longuement, avec câpres et anchois dont les vins des Costières s’accommodent fort bien.
(1) source : Beaucaire – Terre d’Argence Tourisme
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Mais revenons à notre sujet… Nous voici donc sorti de Comps par une route corsetée de digues et de vergers, d’olivier, de vignes et petites collines rocheuses, laissant Beaucaire sur notre gauche, pour prenons la D38 pour nous engager plus tard vers les collines, sur le chemin des Mourgues…
Château Mourgues du Grés
Sine sole nihil (rien sans soleil)… C’est la devise fièrement exposée sur le cadran solaire du Château Mourgues du Grés.
Dans cette ancienne propriété du couvent des Ursulines de Beaucaire, François et Anne Collard se sont installés il y a bientôt trente ans. Avec un passé d’ingénieur agronome du coté de François et d’urbaniste du côté d’Anne, les conditions étaient réunies pour se lancer ensemble dans une aventure œnologique qui allaient décoiffer les traditions des vins des costières. À Beaucaire, du soleil, il y en a, du vent aussi, avec le mistral (véritable pain béni pour les vignerons de la vallée du Rhône), de l’eau également avec la proximité du fleuve. La terre a aussi son mot à dire avec sa panoplie de galets roulés, de colluvions de marnes et d’éboulis calcaires qui composent le terroir. Tous ces éléments sont très favorables pour signer des cuvées à la personnalité différente mais qui révèlent toutes, un fruit éclatant, une belle finesse et une fraîcheur réjouissante (en bio depuis 2014).
À Mourgues du Grés l’accueil est adorable. Anne, François et leur fils Romain sont attentifs à bien recevoir les amateurs et leur faire découvrir la complexité de ce terroir assez méconnu (un petit coup de fil avant de venir est toujours apprécié par les vignerons). On peut goûter toute la gamme, et il y a toujours du vin disponible à la vente.
Parmi la quinzaine de cuvées proposées, auxquelles il faut ajouter la cartagène et l’huile d’olive, on se doit de goûter :
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Terres d’Argence – IGP Pont du Gard (blanc). Bel exemple d’un assemblage réussi (viognier, roussanne et petit manseng) qui offre un bouquet intense de notes florales et de fruits à noyau, tandis que la bouche, ronde, aromatique et pleine de charme, laisse une présence fraîche et fruitée.
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Fleurs d’Eglantine – AOP Costières de Nîmes (rosé). Dans une belle bouteille, le vin laisse admirer sa robe, comme son nez fruité, aux parfums d’églantine et d’agrumes. Un vin ravissant et frais, idéal pour accompagner la jolie cuisine estivale de notre Méditerranée.
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Capitelle – AOP Costières de Nîmes (rouge). De vieilles vignes de syrah s’allient au grenache et au carignan pour fournir un vin puissant, solide, superbe et prêt à résister au temps comme le sont les capitelles de nos campagnes !
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Equinoxe – AOP Costières de Nîmes (rouge). Ce sont les plus vieilles vignes du domaine, récoltées au meilleur moment, lorsque le soleil et la lune se partagent équitablement la durée du jour… Ce vin est fabuleux !
Chez les Collard faire du vin c’est bien et c’est le principal, mais ils ne s’arrêtent pas là. Anne Collard a conçu un parcours pour savourer aussi les paysages. Elle a conçu un sentier balisé entre vignes et garrigues avec observation de la géologie, de la flore, de la faune et de l’archéologie de l’époque romaine. La balade est animée par des vidéos et bornes bluetooth…
À pied ou en vélo, en accès libre ou accompagné d’un spécialiste. On ne s’ennuie pas à Mourgues du Grès !
Château Mourgues du Grès à Beaucaire – 04 66 59 46 10
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Notre route nous a menés ensuite à Bellegarde, puis Saint-Gilles pour finir sur le terroir caillouteux de Lunel consacré au fameux muscat…
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Château Saint-Louis la Perdrix
Ancienne propriété de Philippe Lamour, concepteur du canal du bas-Rhône, le Château Saint-Louis la Perdrix possède une réputation qui remonte au XIIIe siècle quand Saint-Louis lui-même venait y chasser le gibier à plume. Fait réel ou légende ? Peu importe on garde la belle histoire.
Propriété aujourd’hui de la famille Castan, le domaine étend sur les galets roulés du beau terroir de Bellegarde. Les vins en AOP Costières de Nîmes sont simples et francs. En particulier le Big blanc adorable sur une base de grenache blanc, roussanne et viognier, rond, fruité, à la finale rafraîchissante.
Vidéo : dégustation du « Big Blanc » 2020
(Excusez le cameraman et l’image parfois flottante…
C’était après la dégustation de la gamme des vins du domaine !)