La Route du Vin 2022 : d’Adissan à Barroubio (épisode 4)

 

      De bonne heure, avons quitté Montpellier par l’A75, avec étape à Aniane (voir épisode 3),  puis, à la hauteur de Gignac, comme Chauvet et son comparse…  « Nous avons franchi l’Hérault sur un pont qui est l’un des plus beaux de France. Bâti en 1777 au frais de l’État, la couleur de sa pierre, l’élégance de ses trois arches et la perfection de sa construction en en font une vraie œuvre d’art… » (1) Pour apprécier pleinement son architecture, il est nécessaire d’emprunter un petit chemin sur la gauche, descendant en contre-bas, l’arrêt en vaut la peine.
     Après la traversée de Clermont l’Hérault le pays des lucques, c’est celui de la clairette qui s’ouvre à nous et pas n’importe laquelle, la Clairette du Languedoc. Voilà Nébian, Aspiran, puis Paulhan et Adissan…

(1) Maurice Chauvet (page 77 de « La Route du Vin )

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Cave Coopérative La Clairette d’Adissan

         À la cave coopérative « La Clairette d’Adissan », nous sommes reçus  par son très sympathique et dynamique directeur Jean Renaud.  
         Pourtant, première appellation en vin blanc du Languedoc à obtenir l’AOC, en 1948, la Clairette du Languedoc n’a plus la côte, sortie des modes de consommation. Et Jean Renaud de nous expliquer : « Ça a été trop facile, la facilité ne provoque pas d’efforts, nous avons vendu aux vermouthiers ce cépage comme base de leurs apéritifs, perdant de ce fait notre particularisme… ».
        Depuis, les vignerons et les caves de la zone retroussent les manches pour rendre une reconnaissance méritée à ce vin, qui se décline rappelons-le, en sec, moelleux et rancio.

         Mes amis, il est temps de redécouvrir ce cépage et cette appellation d’une rare élégance.      Jean Renaud heureux de pouvoir présenter deux bouteilles vénérables de Clairette du Languedoc de 1938 !

Cave Coopérative La Clairette d’Adissan à Adissan – 04 67 25 01 07

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           Sept kilomètres à peine séparent Caux d’Adissan, nous les franchissons en quelques minutes. Nous sommes impatients car attendus dans deux domaines dirigés par de sympathiques personnages…

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Mas Gabriel

         Ce sont deux jeunes gens, Déborah vient du Kent, Peter de Manchester. En 1999, ils se rencontrent à Londres et allez savoir pourquoi, ils tombent amoureux !
         Tous deux aiment le Jazz mais ils ont aussi une autre passion : le vin !
            Ni une ni deux, les voilà partis pour découvrir les vignobles, apprendre toutes les ficelles du métier de vigneron en Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande. Puis, en 2006, ils choisissent la France et s’installent à Caux près de Pézenas.  Une petite maison dans le village, quelques vieilles vignes de carignan, de grenache, le Mas Gabriel est créé.
           Dans une parcelle poussent des bleuets, une cuvée s’appellera Champ des bleuets. Dans une autre vit une famille de lièvres, une cuvée s’appellera le Clos des lièvres, il y a aussi des papillons et des fleurs sauvages… Les cuvées du Mas Gabriel sont une ode à la nature, bio bien entendu !

       Tout est simple chez Deborah et Peter Core, tout est bon, le vin en particulier. 

Jazz et Vins vont bien ensemble… C’est un plaisir de passer un moment avec les Déborah et Peter  !

Mas Gabriel à Caux – 07 88 22 94 40

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Domaine Stella Nova

          Le vin décomplexé ! C’est comme cela que l’on pourrait qualifier les vins de Philippe Richy au domaine Stella Nova à Caux. Par ses prises de position, son positionnement vers la culture biodynamique, son esprit pédagogique, son humour et surtout ses vins, ce passionné, devenu vigneron il y a vingt ans, est un personnage qui ne laisse pas indifférent.
         Et pour nous rappeler qu’il existe des liens entre notre Terre et le Cosmos, il a donné à ses cuvées, des noms empruntés à la sphère céleste ! Polaris, Cassiopée, Orion
                  Embarquement immédiat, mon cher Philippe on te suit jusque dans les étoiles !

Domaine Stella Nova à Pézenas – 06 20 14 53 87

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Domaine de la Colombette

      C’est Michel Louison vigneron fameux à Faugères, qui le premier me parla de François Pugibet, nous étions au tout début des années 90.  « C’est un ami, me dit-il, cet homme est extraordinaire, il vous faut absolument le rencontrer ».
         Peu après, un article de Midi Libre parlait de lui comme « le Diable du Chardonnay », ce qui bien sûr ne pouvait qu’aiguiser ma curiosité ! Quelques temps plus tard je me présentais au domaine…
         Je rencontrais un monsieur aimable et souriant qui ne semblait n’avoir rien de diabolique, si ce n’est un regard profond et perçant et une chevelure ajoutée à une barbe légèrement… désordonnée !
        Nous avons parlé longtemps sous le mûrier devant la cave…

     Installé au nord de Béziers, l’homme fait du vin depuis le début des années 70, refusant de s’appuyer sur les subventions et pratiquant plutôt une viticulture tournée vers un marché en demande de plus en plus de qualité. Ses vins sortaient de l’ordinaire par leur qualité gustative. Il fut un des premiers à planter des cépages « non languedociens » et donc tournant le dos à l’appellation qui, quand bien même, lui aurait été refusée. Chardonnay, pinot noir, syrah, sauvignon, cabernet sauvignon… Rien à voir avec les Bordeaux ou les Bourgogne, mais quel goût, quel fruité, quelle conversation, quelle générosité !

  
    C’est là que l’on peut affirmer que les vins ressemblent souvent au vigneron qui les a faits naître !
      À cette époque, François Pugibet était considéré comme un « reboussaïre *» pour ne pas dire un em… !  Inventif, original, précurseur, ambitieux, souvent en butte avec les règlementations françaises et européennes.
Ludovic et Vincent en discussion dans une vigne qui n’a jamais été traitée depuis sa plantation  

       L’arrivée de son fils Vincent à la fin des années 90,  va accélérer le mouvement « révolutionnaire » Vincent a de qui tenir, véritable battant, passionné, il est toujours partant pour convaincre les amateurs et leur pose la question qui tue : «  Qu’est-ce que vous avez envie de boire ? ». Avec son père, il développe l’irrigation au goutte à goutte, les capsules à vis, la réduction du taux d’alcool et pour finir, la culture de cépages naturellement résistants nécessitant aucun traitement… et ça marche !

        La famille Pugibet est aujourd’hui à la tête du plus grand vignoble expérimental européen.
 Et la 5e génération pointe le bout de son nez… Le petit Gabriel avec ses 17 ans s’intéresse aux vignes. Sophie, la femme de Vincent dirige le bureau et se charge de toutes les charges administratives (et Dieu sait si elles sont prégnantes !)

         La Colombette, c’est maintenant  trois domaines, 250 hectares de vignes, une réputation qui déborde des frontières (80% des vins sont dirigés à l’export).
        Que de chemin parcouru depuis Louis Pugibet, l’arrière-arrière-grand-père de Vincent, simple journalier, il y a un peu plus de 100 ans !

    Parmi la vingtaine de cuvée proposée, nous avons particulièrement apprécié :

Vin de France  « Souvignier-Muscaris » 2021
            Un vin blanc 100% bio, à base de deux cépages naturellement résistants aux maladies. D’une couleur jaune pâle parfaitement brillante, le vin s’exprime par un nez frais et naturel d’agrumes et de fleurs blanches. La bouche est simple, très aromatique, d’une fraîcheur réjouissante et d’une persistance assez incroyable pour un vin qui affiche 11.5° (7€)

IGP Pays d’Hérault  Plume (rouge) 2021
           Composé à parts égales de syrah et de grenache ramassé très mûrs pour avoir le maximum de fruits, le vin a été désalcoolisé pour atteindre 9° et le résultat est surprenant. Intense en couleur et au nez par ses notes de fruits noirs et d’épices, la bouche est ronde, souple, du fruit du fruit et une finale légère et joyeuse !  (5€)

IGP Pays d’Hérault  Lledoner Pelut « demi-muid » 2020
          C’est le coup de cœur régulier pour tous les amateurs, avec sa robe grenat intense, son bouquet complexe de fruits rouges, de garrigue, d’olive noire, de cacao… La bouche est longue, souple, soyeuse, hédoniste, admirable ! (15€)

          Merci encore à Vincent et Sophie Pugibet…

       … et à François Pugibet qui goûte son Chardonnay « Demi-Muid » 1996 avec une certaine émotion.
         On le comprend, le vin est superbe  !

 * Reboussaïre : se dit de quelqu’un de râleur, toujours prêt à prendre le parti du contraire, viscéralement attaché à son libre choix…

Domaine de la Colombette à Béziers – 04 67 31 05 53

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Domaine Barroubio

    C’est le bout du monde… Près de Minerve à la limite de l’Hérault, sur un sol de cailloux blanc immaculé, pousse un des plus beaux vins doux de France… Allez, on peut dire du Monde ! C’est le muscat de Saint-de-Minervois, élégant, fin, frais, fruité, aux notes de fleurs d’oranger.

       Ici, le patron, c’est Barroubio ! Depuis 2000 Raymond Miquel a pris la suite de sa mère Marie-Thérèse, femme admirable qui a donné ses lettres de noblesses à l’AOC. Le muscat de Barroubio étant devenu LA référence .
      En plus de perdurer la tradition du merveilleux vin doux, Raymond produit aussi de délicieux Minervois AOP blancs et rouges…  Et la visite au bout du monde s’impose !

« Petites tartelettes au citron et sorbet au Muscat »

e
Composition de Suzanne Ballivet« Le Prince Théodebert et la Comtesse de Cabrières »
(page 80 du libre « la Route du vin »)     

Domaine de Barroubio « Carte noire » – Muscat de Saint-Jean de Minervois 2020

           Il y a tout ici pour combler l’amateur de muscat ! Une robe jaune très pâle brillante et cristalline, un bouquet complexe, tout en finesse autour de l’abricot sec, la fleur d’oranger, le miel d’acacia, les fruits de la passion, une bouche irréprochable par sa fraîcheur, son intensité aromatique et son harmonie générale. Bref, incontournable !

      Le vin peut être dégusté à l’apéritif mais je le conseille plutôt sur un fromage bleu ou un dessert aux fruits acidulés comme ces « Petites tartelettes au citron et sorbet au Muscat »

      Devant ce dessert tout simple qui peut aussi être un « cinq heures »,  le muscat déploie tous ses atouts et l’accord fonctionne à merveille. Le croquant de la tartelette, l’acidité du citron, et le moelleux de la crème sont entourés, cajolés, bercés, exacerbées par le nectar de Barroubio qui ne se laisse pas dépasser pour autant… Incontournable vous dis-je !

Domaine de Barroubio  à Barroubio  – 07 88 22 94 40

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Restaurant Lo Caragol

         Dans le petit village d’Aigne, tout près de Minerve, se trouve le restaurant Lo Cagarol. Le chef Christophe Espérou propose une cuisine de terroir teintée de modernité gastronomique.

        Sur la jolie terrasse ou à l’intérieur, devant la grande cheminée, le restaurant ne désemplit pas car l’accueil est sympa, la cuisine y est bonne et les prix angéliques !    

        La carte du vin est bien choisie, les vins de Barroubio y sont à l’honneur. Une étape idéale pour les œnotouristes en balade dans le Minervois ! 

Lo Caragol, c’est la « cantine » de Raymond Miquel du Domaine Barroubio


– Restaurant  Lo Cagarol à Aigne  –  04 68 27 84 22

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