MUSIQUE GRAND CRU (épisode 1)

C’est une première, une dégustation originale et unique que seul L’Epicuvin peut proposer à ses adhérents.

« Musique Grand Cru,

ou comment mettre en relation

des « Vins grandioses pour accompagner une musique grandiose… »

Un événement œno-musical dans la grande salle

du restaurant Mazerand le 21 juillet 2004

Avec :

six grands vins fabuleux,

six morceaux du répertoire classique interprétés par

six musiciens et orchestres légendaires,

six préparations culinaires originales.

Avec l’aimable et amicale participation de :

Sonia Le Carlier de Veslud, (pianiste, professeur de musique et chef de chœur à l’Opéra de Montpellier),

Jean Claude Pascal (Magasin Haute fidélité) qui a mis à disposition le matériel hifi,

Luc Vignal (Les Caves Gambetta) qui a offert quelques échantillons prestigieux,

Françoise Di Martino
(FDM Communication) pour l’illustration de couverture,

Daniel Roche (président de l’Epicuvin,) organisateur de l’événement et rédacteur des commentaires,

Jacques Mazerand (chef cuisinier) qui a créé et préparé les accompagnements culinaires.

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LE PROGRAMME 

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Wolfgang Amadeux Mozart – La Flûte enchantée –

Ouverture,

acte I « Der vogelfanger bin ich ja »,


acte II « Ein Mädehen oder Weibehen », « Pa-Pa-Pa-Papagena’s »

Gottfried Kornick (Papageno) – Jamet Perry (Papagena)

Herbert Von Karajan dirige le Berliner Philarmoniker

Ouverture

acte I « Der vogelfanger bin ich ja »

acte II « Ein Mädehen oder Weibehen »

« Pa-Pa-Pa-Papagena’s »


Champagne – Moët et Chandon Dom Pérignon 1993

Autour d’un sorbet concombre et huile d’olive,
une émulsion de tomate aux épices, chips de légumes

       Le Champagne et la musique de Mozart ont ce point en commun, la légèreté allié à la puissance des éléments en action. Les bulles du vin magique matérialisent le côté aérien, tout comme les thèmes abordés d’apparence légère dans les opéras mozartiens (Cosi fan tutte, Mariage de Figaro, Don Giovanni…). Mais à regarder de plus près, la profondeur est de mise, le sérieux, le grave et le drame, sous-jacents… On chante et on s’aime cependant !

       Si le champagne nous émeu par sa richesse aromatique, sa matière, l’équilibre des saveurs, sa longueur, il évoque par sa présence le riche univers d’un terroir puissant. L’opéra, lui, nous renvoie au drame, à l’amour trompé, aux inégalités des peuples, aux bassesses du pouvoir, à l’espoir de jours meilleurs…
     Telles sont les trames réelles des merveilleuses, mélodies, poésie des voix et coloratures mozartiennes.

       Nous avons choisi Dom Pérignon pour son admirable équilibre résultat de l’assemblage parfait
entre pinot noir et chardonnay, sélection unique de grands crus, vinification rigoureuse, élevage raffiné…

« Ici pas de lourdeur, pas d’opulence, une architecture irréfutable, le nombre d’or s’impose ! »

     Tout comme la « Flûte« , ce vin est lumineux et sombre, caressant et terrible de moments et de souvenirs.
Long, il tient la note et, pour paraphraser ce qu’on dit de la musique de Mozart,

« Le silence qui suit la dernière gorgée, c’est encore du Dom Pérignon ! « 

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Antonio Vivaldi Concerto pour violon « Les Quatre Saisons »

Mouvement n°4 « L’hiver »
(allegro molto, largo, allegro)

Trevor Pinnock dirige du clavecin The English Concert (sur instruments anciens)

« L’hiver » – 1 – allegro molto


L’hiver » – 2 – largo

L’hiver » – 3 – allegro


Chablis Grand Cru « les Clos » René et Vincent Dauvissat 1993

Gourmandise de mijoté de homard et crevettes en sauce champignon

Pour nous méditerranéens, Chablis est un terroir unique, proche des pays du froid et des légendes nordiques !
Il donne naissance à des vins d’une fraîcheur, d’une profondeur et d’une minéralité qui laisse le palais admiratif. Les vins de Vincent Dauvissat en sont les plus brillants exemples. Plusieurs années leur sont nécessaires pour que s’éveillent les arômes de miel et de fruits secs, tout comme son équilibre acidité-moelleux et ses fameuses notes de « kimméridgiens ».


     Lorsque je goûte un grand cru en apogée, c’est-à-dire âgé d’au moins dix ans, je pense à ces moments de mon enfance, à Nîmes, lorsque aux jours d’hiver, mon frère et moi, nous rentrions de l’école, le soir après l’étude, fatigués, emmitouflés dans nos anoraks, gants et bonnets, grelottants, le bout du nez « gelé« . Sur le trottoir parfois glacé, nous marchions à pas lents, attentifs de ne pas glisser, languissant de rentrer au doux foyer. Nous étions heureux cependant de ressentir la sensation intense de l’hiver puissant nous entourer de son manteau de froid.
       Chaque chose en son temps, l’hiver c’était aussi les boules de neiges, les glissades sur les flaques gelées, les marrons grillés dans la cheminée qui brûlent les doigts lorsqu’on les décortique, Noël et ses cadeaux, la senteur du sapin illuminé, la crèche, le repas, toute la famille réunie et heureuse… C’était ça l’hiver et l’on oubliait assez vite les inconvénients…

       Cycle descriptif des saisons dans toute sa splendeur, le concerto « Les Quatre Saisons » décrit l’hiver dans son dernier mouvement et c’est le même bonheur ! Celui du froid rigoureux du nord de l’Italie, les paysans frappant le sol de leur sabots, des chutes sur la glace, le contentement de l’homme se reposant chez lui installé devant la cheminée qui crépite, buvant du vin chaud et écoutant le vent furieux et la pluie qui fouette les carreaux. Ces braves gens joyeux qui dansent en chantent et rient, appréciant heureux les bons côtés de la bise et ses cadeaux offerts en jouissance collective …
         Prélude à de bonnes récoltes, au printemps à venir, toujours radieux…

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Georges Bizet « Carmen »

Acte II –   « Les tringles des sistres tintaient » – Acte III – « Carreau Pique, la mort ! »

Maria Callas

George Prêtre dirige l’orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris

Acte II –   « Les tringles des sistres tintaient »



Acte III – « Carreau Pique, la mort ! »




Coteaux du Languedoc – Domaine Peyre Rose « Syrah Léone » 1995

Aiguillettes de canard en brochette, sauce soja

       La relation entre les vins de Marlène Soria et l’opéra de Bizet m’est apparue évidente dès la première écoute. En effet, où pouvons-nous trouver autant de chaleur lumineuse, de chemins poussiéreux, de tavernes enfumées, de danseuses aux pieds nus, de « toréadors » prétentieux, de soldat amoureux et de pasionaria entière que dans la cuvée « Syrah Leone » du Domaine Peyre Rose ?

       La sensualité méridionale du cépage prend ici la couleur tragique de l’œil de « toro » fixant la matador à l’épée rutilante. Le bouquet nous porte aux abords des arènes de Grenade, quand la foule colorée agite les éventails devant les effluves du toril. Quand le parfum des paniers d’orange et des bohémiennes « enlavandées » embaume,. Quand à la fin d’après-midi une partie des arènes passe à l’ombre (sombra) et que l’autre reste sous la lumière aveuglante du couchant (sol). Quand les nuances de la garrigue brûlante se marient avec celles des bleus oliviers. Alors la matière s’imprègne de rondeurs pathétiques du ténor…

 » Ne me quitte pas… Oh ma Carmen ! »

Pour finir sur les reliefs sanglants de la robe de Carmen…

     Ah ! Ce vin est admirable, comme la voix rauque de Maria Callas, quand la cigarière déclare :

 » L’amour est loin, tu peux l’attendre,

Tu ne l’attends pas, il est là,

Tu crois le tenir, il t’évite,

Tu crois l’éviter, il te tiens… »

Émotion intense et chaque fois renouvelée !

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Heitor Villa-Lobos « Prélude n°1 »

Phiippe Cornier (guitare)

« Prélude n°1 »

Châteauneuf du Pape – Henri Bonneau « cuvée Marie Beurrier » 1997

Rognon de veau braisé et petits panés, jus de poivre de Sichuan 

     Les vins d’Henri Bonneau n’ont pas la causette facile et pour cause… On en boit quasiment jamais !

      Pour nous, modestes amateurs, le vigneron fait figure de « personnage dans le petit monde des grands vignerons« . On l’imagine n’ouvrant pas la porte aux visiteurs de passage, ne décrochant pas le téléphone, refusant les échantillons aux collecteurs de guides, et ne parlons pas de dégustation au caveau ! On l’imagine dans sa veste en velours à la Gabin dans le rôle de Gaston Dominici, donnant des coups d canne aux chats aux paparazzi, pointant le fusil vers l’acheteur inconscient qu’il soit américain ou belge !

      Mais on l’admire tout de même, on l’aime bien et vous savez pourquoi ?.. Et bien parce qu’on se dit que s’il n’a pas de vin à vendre c’est qu’il est réservé aux seuls amis et cercle intime de la famille… Alors on se met à rêver d’en faire un jour partie. Alors on imagine, on se prête à des comparaisons qui n’ont de valeurs que de pronostics hautement improbables. C’est plus puissant que Beaucastel, c’est plus riche que Rayas, c’est plus équilibré que Pegaü, c’est plus fin que La Nerthe, c’est plus long que… Bref, ça doit être terriblement bon !

       Ce qui est sûr c’est que, si la « Marie Beurrier » se laisse apprivoiser dans sa rondeur et son fruité, « la « Réserve des Célestins » c’est l’arlésienne viticole !
       On ne sait que peu de choses sur Heitor Villa Lobos, sauf qu’il est né à Rio de Janeiro, qu’il était« … Expansif comme un méridional, sentimental comme un noir, mélancolique comme un indien… »et qu’il parcourait inlassablement son immense pays pour capter les langages folkloriques afin de les transmettre à sa manière d’artiste.

       Sa musique est toute empreinte de sensualité, de douceur, de couleurs, parfois triste ou explosive, elle se veut populaire, non élitiste, chaleureuse, conviviale, lyrique… Comme un Châteauneuf !

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Ludwig Van Beethoven –  Sonate pour piano n° 8 « Pathétique

1er mouvement (grave, allegro molto e con brio)

Arthur Rubisnein  (piano)

1er mouvement – grave, allegro molto e con brio




Haut-Médoc – Château Sociando-Mallet 1990

Cantal vieux en compagnie d’un vrai pain aux raisins

       Le vin c’est la lumière !…

      Cette lumière, celle d’une fin d’après-midi d’août orageuse sur les bords de la Gironde, là où les terres de graves s’enfoncent doucement dans les eaux boueuses du fleuve, semble pathétique voire surnaturelle.

       De ses touches noires et blanches, le piano transcrit le gris du couchant, le sourd tonnerre qui gronde au loin, la grêle menaçante, l’homme inquiet, les oiseaux qui s’affolent… Rubinstein entoure de son toucher de poète chaque roseau, chaque embarcadère, chaque palus, chaque cep de cabernet.

     Le majestueux Sociando 90 dévoile doucement son intense machinerie de senteurs. Des saveurs de terres s’accrochent au palais, le fruit est mûr, l’émotion nous gagne… Le soleil perce d’entre les nuages, le merle retrouve sa mélodie.

Le vin illumine !…

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Jean Sébastien Bach – Suite pour violoncelle seul

Suite n°1 : prélude – allemande – courante – sarabande – menuet 1&2 – gigue

Paul Tortellier (violoncelle)

Suite n°1 –  prélude



Suite n°1 – allemande



Suite n°1 – courante



Suite n°1 – sarabande



Suite n°1 – menuet 1&2



Suite n°1 – gigue




Sauternes –  Château Climens 1988

Blanc manger de Montpellier sur un fin croustillant aux fruits frais


« CONSEILS À LA MAÎTRESSE DE MAISON n°1 :

Pour assurer la fin de votre dîner entre bons amis, prévoyez un dessert léger, frais, joyeux, aérien, tout en fruits, en sensualité et reliefs.

       Décorez l’ensemble du vernis craquelé du violoncelle et de la douce caresse de l’archer, par la Suite du génial allemand.

      Laissez couler dans le cristal de la carafe, l’or ambré du Sauternes de Barsac, puis doucement dans les verres ciselés. Vous obtiendrez alors un feu d’artifice de senteurs de fruits et d’épices.

   Ponctuez de rires et de larmes de joie… Vous le valez bien !

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(Les commentaires écrits le 23 juillet 2004 ont fait l’objet d’un petit recueil illustré de 10 pages qui a été envoyé au participants.)

Merci à tous,

Daniel Roche

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Mercredi 21 juillet 2004 au Restaurant Mazerand à Lattes

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