Mes Bordeaux 1993 sont-ils prêts à boire ?

10 ANS PLUS TARD…?

Au Restaurant « MAZERAND » à Lattes

Dans le Bordelais, 1993 fut surnommé l’année des chances déçues, car au vue de l’été, tous les espoirs étaient permis. Septembre et octobre vinrent noircir le tableau avec des pluies diluviennes et des températures basses. Face à une situation délicate, les viticulteurs furent conduits à récolter rapidement et ceux qui opérèrent un tri conséquent furent récompensés. Les rouges sont restés longtemps sévères et durs, aujourd’hui ils sont ouverts et davantage charmeurs. Acheté dès leur sortie, ces grands vins de Bordeaux ont bénéficié des meilleures conditions de conservation, 10 ans plus tard comment se comportent-ils? Pour répondre à cette question nous les avons goûtés à l’aveugle, dans l’ordre suivant, en verre Spiegelaü “authentis”. Un vin pirate du même millésime a été ajouté à la liste.

Château Léoville Barton, Saint Julien
Ce fleuron de l’appellation présente une robe grenat foncé impeccablement brillante et limpide. D’un abord boisé et toasté, son bouquet d’une grande intensité évolue vers des parfums agréables de fruits rouges, de tabac de pipe, de vanille, de pain brioché. La bouche ronde et séveuse reste cependant un tantinet sévère et austère laissant paraître des tanins un peu durs et des notes de sous bois humides en finale.

Château L’Enclos, Pomerol
Ce château, modeste par sa réputation, a séduit l’assemblée par son nez intensément gourmand de fruits rouges cuits, de chocolat, de pain grillé et de jus de viande. La bouche ronde à souhait reste souple et équilibrée sur un ensemble en demi-corps, agréable et élégant.

Domaine la Réméjeanne “les églantiers”, Côtes du Rhône ( 30 200 Sabran)
La couleur rubis pourpre, d’une jeunesse étonnante, ainsi que son nez intense, riche, sudiste, développant des parfums de tarte à la myrtille, de cassis, de laurier de réglisse, ont trahie quelque peu le pirate de la soirée. La bouche superbement épicée et vive, posant dès l’entrée des arômes de chocolat, de cerise, de garrigue a enchanté les dégustateurs du moment qui ont reconnu le terroir méditerranéen. La finale extraordinaire de fraîcheur et de longueur fruité, fait de ce vin, d’origine modeste, une excellente affaire à suivre pour l’amateur. Bravo à la famille Klein.

Château Palmer, Margaux
La robe grenat pourpre foncé présage le meilleur ainsi que le nez, riche, raffiné, mêlant cuir, compotes de fraises, et herbes rôtis. L’attaque en bouche est ronde mais rapidement le vin manque de tenue. Maigre, il dégage des notes de vieilles futailles sur des tanins asséchants. Sur cette bouteille, Palmer n’est pas, loin s’en faut, à la hauteur de sa réputation.

Château Grand Mayne, Saint-Emilion Grand Cru
Ce rouge perfectionniste annonce la couleur avec un délicieux bouquet exubérant et culinaire! magret grillée, jus de viande rôtie, poivre, champignon, pain toasté, torréfaction… la bouche est également juteuse et hédoniste, riche, élégante, présentant une belle matière boisée et équilibrée. Ce vin encore jeune, d’une longueur remarquable fini en “queue de paon” par une persistance de 12 secondes. Miam !

Château Pape Clément, Pessac-Léognan
La robe est superbe, c’est la classe!. Le nez suit avec autant d’ampleur sur des notes minérales immédiates, puis évoluant avec finesse sur des parfums de vanille, de fruits des bois, de havane, de cuir, de crème de café. La bouche est somptueusement racée et équilibrée sur la fraîcheur d’arômes de cerises griottes et de pruneaux, de grillé et de caramel. L’ensemble reste classique, sérieux, une valeur sure à conserver encore 10 ans.

Château Mouton Rothschild, Pauillac
Dans le verre, la présence d’un “Grand” se laisse deviner, robe profonde pourpre obscure. Le nez est merveilleux de complexité et de finesse, laissant découvrir les notes toastées, classiques des grands Médoc, mais aussi les épices douces, le menthol, le cèdre, le cuir neuf, le cacao, le poivre. En bouche rien ne dépasse, c’est un jardin à la française, élégance absolue, notes expressives de pain grillé, de viande rouge, de goudron, de réglisse. Le bonheur aurait été parfait sans un léger creux en milieu de bouche et une longueur correcte mais ne dépassant pas 10 caudalies. C’est tout de même remarquablement bon !

Château Cos d’Estournel, Saint Estèphe
D’une présentation sérieuse et parfaite, grenat pourpre presque noir, le vin s’ouvre dans le verre par une incroyable originalité et complexité aromatique, faite d’épices exotiques, de viande de taureau grillée, d’agrumes, de fleurs de magnolia, de garriguettes mûres, de sorbet cassis…
La bouche est magnifiquement équilibrée, puissante et souple à la fois, aux tanins de soie, riches, charmeurs et veloutés. D’une longueur épatante, Cos 93 semble aujourd’hui à maturité et pour encore de belles années.

Merci à tous pour toutes ces belles sensations. Merci aux vignerons, au chef, Jacques Mazerand, qui nous a régalé d’un délicieux “gigot d’agneau rosé en sauce au Banyuls” et d’une “variation de fraises du moment en sorbet et mascarponne.”
Encore une fois nous disons “Vive les grands Bordeaux !”, mais dommage que l’on ne puisse pas en boire plus souvent !

Daniel Roche

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