« Le Top du Pic » 2006 ou l’élite du Pic-Saint-Loup

À l’Oustal des Baumes, restaurant La Cour à Ferrière-les-Verreries (Hérault)

C’est un fait, depuis 20 ans, les vignerons du Pic Saint Loup font preuve d’un dynamisme spectaculaire. Désormais les vins sont recherchés, largement médiatisés par la presse (et le cinéma), présents sur de nombreuses tables de restaurant et dans le coeur des amateurs. L’Epicuvin qui défend depuis ces débuts cette belle appellation en est très heureux.
(Une de ses premières dégustations lui était consacrée et sa première sortie sur le vignoble nous a menés sur les pentes du massif éponyme.)

Avec le temps, les vignerons ont pris une grande assurance et, devant la demande des amateurs, certains proposent des cuvées haut de gamme, sélectionnant le meilleur de leur cave. Nous avons donc eu envie de goûter l’élite du Pic Saint Loup.
Pour ce faire, j’ai réuni dix « grandes » cuvées, choisies de façon entièrement arbitraire sur un millésime récent, souple, faisant preuve de civilité et qui, selon les producteurs, se « goûte » bien aujourd’hui : 2006
La syrah, cépage emblématique du Pic, est souvent dominante dans les assemblages mais le mourvèdre, grenache et cinsault ont aussi leur mot à dire et c’est tant mieux!

Nous avons choisi un lieu superbe, l’Oustal de Baumes, le bel établissement d’Eric Tapiè proche du vignoble, pour organiser cette confrontation à l’aveugle.

Les vins ont été ouverts la veille et servis dans un ordre absolument aléatoire en verre Authentis n°1 de Spiegelhau. Le temps était beau et sec et les seize dégustateurs en pleine forme !

Une série imposante !

Château de Cazeneuve  « le sang du calvaire » (servi en magnum)
La série débute fort avec un vin grenat foncé encore bleuté. Le bouquet qui se dégage exprime avec intensité de superbes parfums de mûres, de garrigues, de cèdre, le tout souligné de notes de viande. L’attaque en bouche est ronde, joliment structurée, dans un style moderne où un boisé raffiné se fait sentir. L’ensemble est remarquablement équilibré et long.

Domaine Mortiès  « l’opportuniste »
Dès sa couleur cette cuvée à forte dominante de syrah présente un caractère violent, foncé aux reflets violines.  Son nez très généreux évoque les cerises noires, le cacao, la vanille, le steak grillé et les épices orientales. La bouche onctueuse, ronde et très corsée, gêne un peu le dégustateur par son évolution chaotique et son caractère tempétueux. Même si l’équilibre des saveurs est remarquable, la finale est riche, chaude et tannique. Ce nectar au caractère trempé est à attendre évidemment.

Château de Valflaunès  « encore une fois »
Ce vin certainement pas filtré présente une robe cerise légèrement opaque. Des parfums de fraises mûres, d’épices culinaires, de fleurs de montagne, de viande grillée contribuent à sa complexité et enchantent les narines tendues des dégustateurs.  L’ensemble en bouche, très sensuel et irrésistible, propose une structure en demi-corps, où la finesse et la fraîcheur sont sources de plaisir immédiat. La finale n’en est pas moins longue et généreuse… Et l’on en redemande « encore une fois »!

Mas Bruguière  « le septième »
Une robe pourpre noire s’épanche dans le verre tandis que le nez exhale de doux arômes de burlat, de mûres, nuancé de chêne épicé. Une grande souplesse à l’attaque étonne le palais. Indéniablement, l’équilibre est respecté en bouche, frais, tendu, mais le vin manque d’expression et fait preuve d’une certaine austérité en finale, semblant se dérouter. À revoir.

Domaine Mirabel « les éclats »
Sa présentation violet foncé fait penser à la présence d’une forte proportion de syrah pourtant le cépage partage avec le grenache, le mourvèdre et le cinsault cet assemblage très méditerranéen. Le bouquet est épatant par sa puissance et son fruité, il développe des senteurs de cassis, de prune, de kirsch, de cacao, de havane, de viande grillée… C’est un festival culinaire!  Sa bouche, déjà très accessible, développe par paliers un ample fruité, des tanins soyeux, un équilibre parfait, le tout  drapé d’une superbe élégance. Un vin franc, long et bon !

Château Lancyre  « vieilles vignes »
Ce sont de vieilles vignes de syrah et de grenache que cette cuvée met en avant. Sa robe est prune violine marquée par un léger trouble. Des fruits rouges compotés se laissent deviner au nez ainsi que de belles senteurs de lard grillé, de poivre, de kirsch. Une superbe attaque riche et dense laisse le palais un peu décontenancé par une évolution austère et manquant de civilité. Cependant la bonne persistance aromatique laisse augurer un avenir meilleur car la longueur est remarquablement dynamique.

Ermitage du Pic Saint Loup  « Guilhem Gaucelm »
Sa jolie robe cerise moyennement intense engage la conversation dans un style primesautier, mais la suite est terriblement entreprenante! Un bouquet énorme évoque les grains d’arabica, les mûres du jardin, le jus de rôti, la réglisse poivrée. Dans une superbe complexité, la bouche déroule à son tour les arômes de fleurs et de minéral. L’extraction de matière est stupéfiante: fraîche, élégante et pourtant férocement tannique. L’ensemble est dompté offrant un toucher de bouche digne d’un Richebourg. La persistance passe haut la main, les 12 secondes et l’on se plaît encore à évoquer à son sujet, les beaux terroirs des Côtes de Nuits en Languedoc! Bravo!

Mas de Fournel  « Pierre »
Sombre et lumineuse, dans les arènes de la dégustation, cette syrah déboule tel un taureau furieux à la robe noire et bleutée. Fruité noir, animal, épicé; la puissance du nez est superbe, mais est trahie par un certain manque de netteté. Qu’importe! En bouche, le palais s’épate de la puissance et de la concentration musculaire de l’animal. Élégant, riche, gras, noble, il finit longuement et s’enroule autour de la cape, tannique, brutal, chaud !

Domaine de l’Hortus  « grande cuvée »
Voilà une robe d’école: pourpre cardinalice ! Son bouquet n’en est pas moins superbe dans une mise en scène de notes élégantes de fruits noirs, de poivre de Sichuan, de cassis, de noix torréfiées. Doté de manière impressionnante, mais tout de même accessible, il déploie en bouche des arômes moyennement corsés de réglisse, de truffe, de charbon, d’épices. L’ensemble est judicieusement équilibré et frais, les tannins très présents se montrent civilisés et souples et pour finir, la longueur s’avère délicieusement savoureuse.

Clos Marie  « Glorieuses »
Servi en dernière position, quand les papilles commencent à s’effriter sous les attaques répétées des notes de poivre et des tannins, le vin a séduit par son fruit élégant et frais, sa gourmandise raffinée. Ce vin exceptionnel, impressionnant d’équilibre et d’harmonie, déploie tant au nez qu’en bouche de fabuleux arômes de gelée de mûres, de terre fraîchement remuée, d’aromates de garrigue, d’olives noires. L’ensemble révèle un boisé, des tannins et une acidité magnifiquement fondus. Déjà accessible, c’est un nectar capable, selon moi, d’une belle garde.

Le classement a été très serré, tous les vins ont été cités et les dégustateurs ont pu désigner leurs quatre vins préférés :

  1. Hortus
  2. Ermitage
  3. Mirabel
  4. Clos Marie

Merci à tous pour tout ce plaisir, un grand merci à Eric Tapiè pour le délicieux repas qui a suivi.

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